Paroles d’expert : inspecter les conduites forcées autrement, quand la robotique renforce la sécurité
Véritables artères de la production hydroélectrique, les conduites forcées acheminent l’eau sous pression vers les turbines. À la SHEM, près de 68 km de conduites assurent cette fonction essentielle.
Tous les dix ans, ces ouvrages font l’objet de visites intérieures approfondies afin de garantir leur intégrité. Mais ces inspections représentent un défi technique et humain majeur.
Des conditions d’intervention complexes et risquées
Avec des diamètres compris entre 600 mm et 2 mètres, souvent installées sur des pentes très marquées, les conduites forcées imposent des conditions d’intervention particulièrement exigeantes. Les opérateurs doivent évoluer dans un environnement confiné, sombre et difficile d’accès.
Les risques sont réels :
- progression sur corde sur des longueurs pouvant dépasser 400 mètres,
- travail en forte déclivité,
- exposition à des températures élevées (jusqu’à 35 °C voire davantage),
- port d’équipements de protection renforcés en présence de risque amiante.
Au-delà des conditions de sécurité, les méthodes traditionnelles présentent aussi des limites techniques. Les mesures d’épaisseur nécessitent en effet des surfaces parfaitement planes, alors que les zones critiques sont précisément celles altérées par la corrosion.
Innover pour mieux inspecter… et mieux protéger
Face à ces enjeux, la SHEM a fait le choix de l’innovation.
Depuis 2024, l’entreprise collabore avec ENGIE Research & Innovation et ENGIE Laborelec, centre d’expertise du groupe spécialisé dans les technologies de l’énergie. L’objectif : développer un robot d’inspection spécifiquement adapté aux conduites forcées.
Car si des solutions existent sur le marché, aucune ne répond pleinement aux contraintes rencontrées :
- capacité à évoluer dans des conduites fortement inclinées,
- précision des relevés,
- mesures fiables de l’état des parois sans contact.
L’ambition est claire : réduire l’exposition des agents tout en améliorant la connaissance de l’état des infrastructures.
Des essais prometteurs sur le terrain et en laboratoire
En 2025, plusieurs campagnes d’essais ont été menées :
- sur la conduite des Eaux-Bonnes (Pyrénées-Atlantiques), avec un robot équipé d’une caméra haute résolution et d’un profilomètre laser,
- en laboratoire, pour tester de nouvelles techniques de mesure d’épaisseur sans contact.
Les résultats sont particulièrement encourageants. Les technologies testées permettent aujourd’hui d’atteindre un niveau de précision inédit, avec la capacité de :
- visualiser très finement des éléments tels que des têtes de rivets,
- estimer la profondeur de zones corrodées avec une précision de quelques dixièmes de millimètre.
2026 : vers une inspection robotisée encore plus performante
Une nouvelle étape sera franchie en 2026 avec l’intégration de technologies avancées directement à bord du robot.
Parmi elles, l’ultrason EMAT (ElectroMagnetic Acoustic Transducer), une solution innovante de mesure d’épaisseur sans contact. Cette technologie présente plusieurs avantages majeurs :
- fonctionnement sans contact avec la surface,
- efficacité sur des matériaux rugueux, peints, oxydés ou corrodés,
- fiabilité là où les méthodes conventionnelles montrent leurs limites.
L’inspection sera télépilotée depuis le trou d’homme, avec un expert SHEM en supervision. Ce dispositif permet :
- des relevés d’épaisseur quasi continus, quelles que soient les conditions de surface,
- la combinaison de plusieurs technologies (profilométrie laser et EMAT) pour une analyse plus complète et plus fiable.
Et après ?
En 2027, de nouvelles campagnes de tests seront déployées sur plusieurs conduites forcées du parc SHEM, avec l’objectif de valider ces innovations en conditions réelles d’exploitation.
À terme, cette approche ouvre la voie à une inspection plus sûre, plus précise et plus exhaustive des ouvrages hydrauliques.