Polytechnique et hydroélectricité dans les Pyrénées : les ingénieurs qui ont bâti la SHEM
Quel est le lien entre la SHEM et l’École polytechnique ? Il tient à des hommes. De la Compagnie du Midi à la SNCF, de nombreux polytechniciens ont conçu, construit et dirigé les barrages et les usines hydroélectriques qui font aujourd’hui l’histoire de la SHEM. Voici quelques-uns de ces ingénieurs.
Jean-Raoul Paul, le visionnaire de l’électrification
Né en 1869 en Gironde, Jean-Raoul Paul est polytechnicien puis ingénieur des Ponts et Chaussées. Il entre à la Compagnie du Midi en 1899 et gravit rapidement les échelons.
En 1902, il participe au premier congrès international de la houille blanche. Il y découvre l’exploitation hydroélectrique et en perçoit aussitôt l’importance pour les Pyrénées. Jusque-là, le manque de desserte faisait de ce massif un territoire peu attractif pour l’industrie. Jean-Raoul Paul veut faire de Tarbes une « seconde Grenoble », un pôle d’attraction pour les industries. Il devient le principal artisan de l’électrification ferroviaire.
Son action ne s’arrête pas aux rails et à l’hydroélectricité. Il développe aussi des infrastructures pour le tourisme, avec la Société des chemins de fer et hôtels de montagne, et des aménagements touristiques au Pays basque. Numéro 2 de la compagnie à partir de 1910, il en devient directeur en 1913 et reste en poste jusqu’à sa retraite en 1932. Son nom reste attaché à la Compagnie du Midi et à l’hydroélectricité pyrénéenne.
Jean Leclerc du Sablon, bâtisseur des grandes vallées
Polytechnicien né en 1891, Jean Leclerc du Sablon sort diplômé en 1920, après la guerre. Il est d’abord ingénieur au service des forces hydrauliques du Sud-Est, à Grenoble. Il rejoint la Compagnie du Midi en 1922 et est affecté au service de construction des usines hydroélectriques, à Toulouse. Il en devient ingénieur en chef.
En 1929, lors de la création de la SHEM, il en devient le directeur. Il représente également la société au conseil de l’UPEPO, l’Union des producteurs d’électricité des Pyrénées occidentales. Il compte parmi les meilleurs hydroélectriciens de son époque. Il dirige deux chantiers considérables : la vallée d’Ossau de 1922 à 1929, puis la vallée du Louron de 1929 à 1932. Excellent meneur d’hommes, il sait constituer des équipes homogènes et nouer des relations étroites avec les ingénieurs du Midi. En 1936, il devient sous-directeur de la Compagnie du Midi, dont il sera le dernier directeur lors de la nationalisation des chemins de fer.
Denis Eydoux, le concepteur devenu professeur
Polytechnicien de la promotion 1896, Denis Eydoux est ingénieur principal de la division « voie et lignes nouvelles » à partir de 1906. Il fait partie des pionniers des aménagements hydroélectriques de la compagnie. Entre 1908 et 1913, il conçoit les premières centrales et crée un véritable service d’étude et de recherche de sites. Il participe aux négociations pour l’alimentation des lignes transpyrénéennes et pour l’équipement de la vallée d’Ossau.
En 1919, il prend la tête du nouveau service de construction des usines hydroélectriques, qu’il installe à Toulouse. C’est là qu’il forme Jean Leclerc du Sablon. Il quitte ensuite la compagnie pour devenir directeur des études de l’École polytechnique, un poste qu’il occupe jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. On lui doit une formule rapide pour déterminer les caractéristiques d’une turbine.
Henri Chamayou, l’homme de l’énergie à la SNCF
Originaire de Cerdagne, Henri Chamayou devient en 1938 le premier lieutenant de Jean Leclerc du Sablon pour la gestion du domaine énergétique de la SNCF. Il est nommé directeur général de la SHEM en 1938. L’année suivante, il prend la tête du service de l’énergie électrique de la SNCF. En 1946, lors de la nationalisation des biens électriques, il choisit de rester à la SNCF. Il termine sa carrière comme président de la SHEM, de 1957 à 1961, succédant à Jean Leclerc du Sablon et à René Dugas.
Jean-Noël Laurenceau, défenseur de l’hydroélectricité à la SNCF
Polytechnicien, Jean-Noël Laurenceau dirige le service des usines hydroélectriques de la SNCF de 1960 à son départ à la retraite en janvier 1978. Il est convaincu de l’importance de la production hydroélectrique pour la SNCF et le fait savoir lors de colloques, de causeries et dans des ouvrages.
Pendant toute sa direction, il ne cesse de développer et de moderniser les centrales. Son sens du contact humain en fait un chef estimé et respecté du personnel. Il fonde également un petit musée ferroviaire dans l’usine d’Éget, en vallée d’Aure.
Un héritage toujours vivant
Ces ingénieurs ont donné à la SHEM son ADN : l’innovation technique, la rigueur et l’attachement aux territoires de montagne. Plus d’un siècle après les premiers aménagements, leurs barrages et leurs usines produisent toujours de l’électricité renouvelable dans les Pyrénées et le Massif central.